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Archives de Catégorie: Essai

Comme un chant d’espérance, de Jean d’ORMESSON

comme-un-chant-desperance

 

« L’apparition de la pensée est à coup sûr l’événement le plus important de l’histoire de l’univers depuis sa sortie du néant. On dirait que le monde est créé pour la seconde fois. »

Jean d’Ormesson voulait écrire, comme l’a fait Flaubert avec Un coeur simple, un livre sur rien. Si l’on peut considérer l’entreprise audacieuse, voire arrogante en comparaison avec Flaubert, elle demeure intrigante. C’est bien pour cette raison que j’ai acheté ce livre et en ai commencé sa lecture.

L’approche est scientifique. Avec ses mots de profane, l’auteur tente d’expliquer l’origine du tout pour mieux cerner le rien. L’approche vire rapidement au mystique et Dieu devient le centre de l’oeuvre.

On lit sans faim en attendant la fin. La sensation de vide et donc de rien se fait très vite ressentir. L’effet est – pour cet aspect – réussi.

Cependant, certains passages dénotent maladroitement. Le style est faussement humble. La masturbation intellectuelle finit par poindre et le plaisir de lecture s’estompe assez vite.

Dommage. L’approche de Jean d’Ormesson était singulièrement différente de celle de Flaubert ; le résultat est selon moi, bien moins convaincant.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 
 

L’Invisible, de Clément ROSSET

« L’invisible dont il est question ici ne concerne pas le domaine des objets qu’une impossibilité matérielle interdit de voir (tel un visage plongé dans l’obscurité), mais celui des objets qu’on croit voir alors qu’ils ne sont aucunement perceptibles parce qu’ils n’existent pas et/ou ne sont pas présents (tel un visage absent d’une pièce éclairée). »

Ouais, en effet !! 😉

Bon, pour être franc, ce livre m’a déçu. Enfin, déçu, je me comprends car, en réalité, je n’en attendais pas grand chose sinon une véritable réflexion sur l’invisible.

Au lieu de cela, j’ai eu droit à un catalogue de références et d’analyses d’oeuvres successivement musicales, poétiques, littéraires et philosophiques.

Clément Rosset n’a délivré que peu de produit personnel de pensée et c’est en cela que l’on peut être déçu… au final, je vais devoir lire Wittengstein et Paulhan, rien de bien nouveau sous le soleil.

Au moins, j’aurais « appris » la chose suivante: « Il est une personne qu’on ne reconnaît jamais parce qu’elle est constamment invisible, et c’est évidemment soi-même. » 😉

Mais bon, il a eu le Prix Procope des Lumières à ce qu’il paraît donc bon…

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 
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Publié par le 26 janvier 2013 dans Essai, Philosophie

 

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Exercices de style, de Raymond QUENEAU

Une petite histoire, toute bête, toute simple, facile à mémoriser, est déclinée de quatre-vingt dix neuf différentes façons.

Une véritable prouesse d’écriture. Je vous laisse juger par vous-mêmes, vous laisse vous étonner, vous laisse être impressionnés, vous laisse contempler, admirer, féliciter, hocher positivement du buste, halluciner en somme.

L’histoire initiale, appelée « Notations » :

« Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant
le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s’irrite
contre un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se
veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus. Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un  camarade qui lui dit : « Tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus. » il lui montre  où (à l’échancrure) et pourquoi. »

La version « Litotes » :

« Nous étions quelques-uns à nous déplacer de conserve. Un jeune homme, qui n’avait pas l’air très intelligent, parla quelques instants avec un monsieur qui se trouvait à côté de lui, puis il alla s’asseoir. Deux heures plus tard, je le rencontrai de nouveau ; il était en compagnie d’un camarade et parlait chiffons. »

La version « Sonnet » :

« Glabre de la vaisselle et tressé du bonnet,
Un paltoquet chétif au cou mélancolique
Et long se préparait, quotidienne colique,
A prendre un autobus le plus souvent complet.

L’un vint, c’était un dix ou bien peut-être un S.
La plate-forme, hochet adjoint au véhicule,
Trimbalait une foule en son sein minuscule
Où des richards pervers allumaient des londrès.

Le jeune girafeau, cité première strophe,
Grimpé sur cette planche entreprend un péquin
Lequel, proclame-t-il, voulait sa catastrophe,

Pour sortir du pétrin bigle une place assise
Et s’y met. Le temps passe. Au retour un faquin
A propos d’un bouton examinait sa mise. »

La version « Anglicismes » (beaucoup trop drôle !!) :

« Un dai vers middai, je tèque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grète nèque et un hatte avec une quainnde de lesse tressés. Soudainement ce jeugne manne bi-queumze crézé et acquiouse un respectable seur de lui trider sur les toses. Puis il reunna vers un site eunoccupé. A une lète aoure je le sie egaine; il vouoquait eupe et daoune devant la Ceinte Lazare stécheunne. Un beau lui guivait un advice à propos de beutone. »

La version « Comédie » :

Acte premier
Scène I

(Sur la plate-forme arrière d’un autobus S, un jour, vers midi.)
Le Receveur. -la monnaie, s’iou plaît. (Des voyageurs lui passent la monnaie.)

Scène II

(L’autobus s’arrête.)
Le Receveur. – laissons descendre. Priorités ? Une priorité ! C’est complet. Drelin, drelin, drelin.

Acte second
Scène I

(Même décor.)
Premier Voyageur (Jeune, long cou, une tresse autour du chapeau).
– On dirait, monsieur, que vous le faites exprès de me marcher sur les pieds chaque fois qu’il passe des
gens. Second Voyageur (hausse les épaules)

Scène II

(Un troisième voyageur descend.)
Premier Voyageur (s’adressant au public) : Chouette ! une place libre ! J’y cours. (Il se précipite dessus et
l’occupe.)

Acte troisième
Scène I

(La Cour de Rome.)
Un Jeune Élégant (au premier voyageur, maintenant piéton). -l’échancrure de ton pardessus est trop
large. Tu devrais la fermer un peu en faisant remonter le bouton du haut.

Scène II

(À bord d’un autobus S passant devant la cour de Rome.)
Quatrième Voyageur. -Tiens, le type qui se trouvait tout à l’heure avec moi dans l’autobus et qui
s’engueulait avec un bonhomme. Curieuse rencontre. J’en ferai une comédie en trois actes et en prose.

La version « Paysan » :

« J’avions pas de ptits bouts de papiers avec un numéro dssus, jsommes tout de même monté dans steu
carriole. Une fois que j’m’y trouvons sus steu plattforme de steu carriole qui z’appellent comm’ ça eux
zautres un autobus, jeun’sentons tout serré, tout gueurdi et tout racornissou. Enfin après qu’j’euyons
paillé, je j’tons un coup d’œil tout alentour de nott peursonne et qu’est-ceu queu jeu voyons-ti pas ?un
grand flandrin avec un d’ces cous et un d’ces couv-la-tête pas ordinaires. Le cou, l’était trop long.
L’chapiau l’avait dla tresse autour, dame oui. Et pis, tout à coup, le voilà-ti pa qui s’met en colère ? Il a dit
des paroles de la plus grande méchanceté à un pauv’ messieu qu’en pouvait mais et pis après ça l’est allé
s’asseoir, le grand flandrin.
Bin, c’est des choses qu’arrivent comme ça que dans une grande ville. Vous vous figurerez-vous-ti pas
qu’l’avons dnouveau rvu, ce grand flandrin.
Pas plus tard que deux heures après, dvant une grande bâtisse qui pouvait bien être queuqu’chose
comme le palais dl’évêque de Pantruche, comme i disent eux zautres pour appeler leur ville par son petit
nom. L’était là lgrand flandrin dson espèce et qu’est-ce qu’i lui disait l’autt feignant dson espèce ? Li disait,
l’autt feignant dson espèce, l’i disait : « Tu devrais tfaire mett sbouton-là un ti peu plus haut, ça srait ben
pluss chouette. » Voilà cqu’i lui disait au grand flandrin, l’autt feignant dson espèce. »

et enfin, ma version préférée, « Ensembliste » :

« Dans l’autobus S considérons l’ensemble A des voyageurs assis et l’ensemble D des voyageurs debout. À
un certain arrêt, se trouve l’ensemble P des personnes qui attendent. Soit C l’ensemble des voyageurs qui
montent; c’est un sous-ensemble de P et il est lui-même l’union de C’ l’ensemble des voyageurs qui
restent sur la plate-forme et de C » l’ensemble de ceux qui vont s’asseoir. Démontrer que l’ensemble C » est
vide.
Z étant l’ensemble des zazous et {z} l’intersection de Z et de C’, réduite à un seul élément. À la suite de la
surjection des pieds de z sur ceux de y (élément quelconque de C’ différent de z), il se produit un
ensemble M de mots prononcés par l’élément z. L’ensemble C » étant devenu non vide, démontrer qu’il se
compose de l’unique élément z.
Soit maintenant P l’ensemble des piétons se trouvant devant la gare Saint-Lazare, {z, z’} l’intersection de
Z et de P, B l’ensemble des boutons du pardessus de z, B’ l’ensemble des emplacements possibles des
dits boutons selon z’, démontrer que l’injection de B dans B’ n’est pas une bijection. »

Peut-être avez-vous eu la chance d’étudier ce livre au cours de votre scolarité. Je l’ai personnellement découvert il y a peu… Raymond Queneau est un auteur dont je vais dévorer beaucoup de livres je pense 😀

A votre avis !

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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La grammaire est une chanson douce, d’Erik ORSENNA

« Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t’aime. Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu’elle nous parlait :
– Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
– Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pieds.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi. Tout le monde dit et répète « Je t’aime ». Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. »

Quel génie !

Mais quel génie !

Je suis subjectif certes, j’aime les mots, je vis à travers eux, ils me font vibrer et ressentir tellement de ce que j’appellerais « choses » que je ne peux pas ne pas conseiller, à tout va, ce livre.

Mais quel génie !

« C’est trop bien, c’est trop bien, c’est trop bien », voilà ce que je me suis répété, en lisant, avidement, certains chapitres…. La métaphore filée des mots est exceptionnelle et même l’histoire faiblarde ne peut occulter le plaisir ressenti. Les amoureux des lettres, des mots, de leur sens, de leur harmonie, de leur mélodie…. vous adorerez ce livre, du moins de certains passages.

Quelle est donc l’histoire??

Jeanne et Thomas se retrouvent, après un naufrage, sur une île. Ils font la connaissance de Monsieur Henri qui leur présente les mots. Tous les genres de mots. Une véritable communauté. L’île des Mots. S’ensuivent des rencontres incroyables, des gentils quoique collants adjectifs aux prétentieux pronoms en passant par les hôpitaux à la rencontre et au soutien des « je t’aime » et autres expressions meurtries. L’apprentissage de la grammaire en est favorisé, loin des méthodes scientifiques, loin de l’académisme… loin des grammairiens.

Oui, Orsenna, académicien, fait la satire de sa propre maison tout en partageant son plaisir inextinguible, celui de la mixture verbale, de la manipulation des lettres.

Les noms et les articles se promènent ensemble, du matin au soir. Et du matin jusqu’au soir, leur occupation favorite est de trouver des habits ou des déguisements. A croire qu’ils se sentent tout nus, à marcher comme ça dans les rues. Peut-être qu’ils ont froid, même sous le soleil. Alors ils passent leur temps dans les magasins. Les magasins sont tenus par la tribu des adjectifs. (…)
Le nom féminin « maison » pousse la porte précédé de « la », son article à clochette.
-Bonjour, je me trouve un peu simple, j’aimerais m’étoffer.
-Nous avons tout ce qu’il vous faut dans nos rayons, dit le directeur en se frottant déjà les mains à l’idée de la bonne affaire.
Le nom « maison commence ses essayages. Que de perplexité! Comme la décision est difficile! Cet adjectif-là plutôt que celui-ci? La maison se tâte. Le choix est si vaste. Maison « bleue », maison « haute », maison « fortifiée », maison « alsacienne », maison « familiale », maison « fleurie »? Les adjectifs tournent autour de la maison cliente avec des mines de séducteurs, pour se faire adopter. Après deux heures de cette drôle de danse, la maison ressortit avec le qualificatif qui lui plaisait le mieux : « hantée ».

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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Salam Shalom, de Jean-François PATRICOLA

« Le Temps : il a filé à l’anglaise, en 1948, sans demander son reste. Aujourd’hui, il court toujours. Plus personne ne le rattrapera désormais tant son avance est grande. »

En cette très brève période de cessez-le-feu au Proche-Orient, il me paraissait opportun de présenter ce livre, par endroits, littéralement exceptionnel.

A travers la douleur, le conflit est abordé. A travers une souffrance physique à peine descriptible, ses affects sous-jacents sont caressés.

L’histoire, si incroyable soit ou fût-elle, est celle d’un israélien et d’un palestinien… tous deux blessés grièvement, le premier nécessitant rapidement une greffe du cœur, l’autre, condamné à la mort, n’étant qu’esprit et douleur inintelligible. Malgré eux, la transplantation a lieu. Torsade des convictions. Un comble commun. La mort de la foi.

Tout en prose, tout en culture plus ou moins bien distillée, Jean-François Patricola livre une œuvre d’une très grande subtilité sur un sujet devenu, au fur et à mesure de son histoire, éminemment complexe. A la subtilité se joint inévitablement une ironie immensément savoureuse.

«  L’avions-nous trouvée cette nuit, notre Nuit ? Il est probable. Nous nous réveillâmes de concert : en ouvrant les yeux, je l’entendis battre et me saluer. En battant, il entendit mon corps s’étirer à la vie et lui rendre hommage. Nouvel armistice ! Au dire du chirurgien, nous l’avions échappé belle. De cela, je me réjouissais. Lui également. La chimère et le mensonge avait comme disparu de nos lèvres et oreillettes. La Nuit les avait bus d’un trait ; noyés dans son ventre noir et plat. On ne les reverrait jamais plus. C’était à espérer. Il me dit : « Dieu est mon seigneur et le vôtre ; j’ai mes œuvres et vous avez les vôtres ; point de dispute entre nous. Dieu nous réunira tous, car il est le terme de toutes choses . » J’acquiescai et répondit : « Mi hu haham ? Chelomed mikol adam*». Armistice. Dont acte. Interstice dans le voile de nos consciences. Dans cette perspective, nos rapports au monde sont changés. La donne est autre. Point d’échec et mat. Après différentes tentatives de blocage, d’échange, de gambit acceptés ou non. Passes d’armes vaines. Partie nulle ; à moins que ce ne soit un pat ; pour lui tout aussi bien que pour moi. Une victoire à la Pyrrhus. »  *Qui est sage? Celui qui apprend quelque chose de chacun.

A lire, absolument. Absolument.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

L’art de la Guerre, de SUN TZU

Attention très beau livre et très belle édition.

C’est un immense classique que l’on ne parvient pas à réellement dater… aux alentours du VIème siècle avant notre ami Jésus Christ.

Cette édition se compose gentiment:

– d’une introduction de 70 pagespfiou ! – bien nécessaire pour tenter de comprendre le contexte historique dans lequel s’inscrit cette oeuvre mais aussi l’influence qu’elle aura pu avoir à travers les siècles (peu en Occident en raison d’une traduction longtemps de mauvaise qualité).

– d’une notice biographique de Sun Tzu… bon il faut quand même reconnaître que tout bon néophyte qui se respecte ne comprendra rien et se perdra dans les (foutus) noms chinois tous plus incompréhensibles les uns que les autres !!

– de l’oeuvre en elle-même, et on est bien content de ne pas avoir les environs mille planchettes (8-10 pouces sur 3/4 de pouce) soit environ plus de 60 soixante pieds de long! Car oui, à l’époque, on écrivait à l’encre de suie sur d’étroites planchettes de bois ou de bambou… on pouvait inscrire sur chacune d’elles entre 12 et 15 caractères, l’ouvrage de Sun Tzu en comptant 13 000, on arrive, par un calcul tout bête, aisément aux mesures précédemment évoquées. C’est fou, parfois, j’ai l’impression de transmettre quelque chose 😀

Je ne vais pas épiloguer 153 ans au risque d’en saoûler beaucoup trop, je vous laisse simplement lire l’aphorisme suivant, c’est le numéro 3 du IIIème chapitre (sur XIII):

« Le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre »

C’est celui-ci que j’ai retenu de ma lecture et comme par miracle c’est celui-ci qui est souvent repris en exemple pour évoquer cette oeuvre magistrale, l’une des plus anciennes de l’Histoire.

Si vous l’avez lu, ou pas, j’attends votre avis 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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