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Archives de Catégorie: Guerre

Congo Inc., de In Koli Jean BOFANE

Congo Inc.

 

« Chance eloko pamba »

C’est par cette phrase énigmatique, en congolais, qu’In Koli Jean Bofane me répond quand je lui demande la sensation, le sentiment qu’il avait éprouvé quand il a reçu le prix des 5 continents de la Francophonie en 2015 pour ce livre alors qu’il a éprouvé toutes ces « galères », meilleur terme que j’ai pu trouver pour synthétiser la vie, l’enfance de quelqu’un qui a connu la guerre.

Cette question m’avait trituré l’esprit pendant qu’il intervenait lors d’un événement organisé à Montréal par l’association Singa Québec qui aide à l’insertion des réfugiés dans la société québécoise. Mais je n’avais pas osé la poser en public. Sa voix, pourtant si gutturale, était restée silencieuse et il m’avait répondu cette phrase, après quelques mimiques de réflexion, en prenant sa plume et griffonnant l’ouvrage que je venais de lui acheter, à titre de dédicace.

Cet auteur s’exprime à l’oral avec peu de concession et utilise un langage acéré mais précis. L’on ressent un vécu intense ainsi que des cicatrices profondes et violentes mais qui ne parviennent pas à effacer la malice de son regard, la désinvolture plaisantine de son propos…

« La chance, c’est rien », voilà la traduction en français.

Cette phrase résume tout.

Cette phrase résume l’auteur, sa vision de la vie.

Cette phrase résume son livre, Congo Inc, dont elle est d’ailleurs un titre de chapitre.

Congo Inc. est un concentré d’émotions diverses et opposées, souvent juxtaposées pourtant. De l’effroi au rire, en une ligne. De l’attendrissement au dégoût, en une ligne. De l’horreur à l’humour noir, en une ligne.

Un sentiment étrange : celui du rire malgré tout. On est heureux de lire ce livre. le moment est agréable. Les critiques acerbes de personnes qui pourraient très bien être nous-mêmes, occidentaux, ne sont ni dérangeantes ni partagées. Elles sont objectives. Elles sont d’une froide réalité.

Le rire mène à l’espoir. On termine ce livre en étant convaincu, comme l’auteur probablement, que ce cirque – cette entreprise, à tous les sens du terme – doit et surtout peut s’arrêter très facilement. Rien ne sert de pleurer, de se lamenter, de s’apitoyer, d’accuser, d’avoir raison, de regarder le passé. Il convient de se (re)lever, de s’asseoir à la table, de discuter et de trouver des solutions : un plan d’action. Sérieusement. Sans africaniste mais avec des africains.

Monsieur In Koli Jean Bofane : bravo.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

PS : d’autres livres de cet auteur suivront.

 
 

Si c’est un homme, de Primo LEVI

Certes, Ce livre est hyper connu, hyper lu et même hypermarché euh non, a hypermarché…. euh non, toujours pas, ‘fin bref, vous avez compris.

Certes, ce livre vous a bouleversé.

Certes, ce livre ou plutôt, son auteur, a une histoire et un destin tragique.

Certes, il est fortement conseillé d’avoir un poil de moral pour le lire.

MAIS QUE CE LIVRE EST EXCELLENT !!

Je n’ai pas besoin me semble-t-il de chercher de passages, de citations : tout peut être pris comme tel, dans son ensemble.

L’émotion est grande, mélange de curiosité et d’incrédulité. Les mots sont inutiles… la critique également.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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Le Châle, de Cynthia OZICK

« Elle tourna et retourna la boîte – c’était une boîte rectangulaire. Le châle de Magda ! Le lange de Magda. Le linceul de Magda. Le souvenir de l’odeur de Magda, parfum sacré du nourrisson perdu. Assassiné. Jeté contre la clôture, barbelée, griffée d’épines, électrifiée ; gril et grille ; fournaise, une enfant incendiée ! »

Magda, l’enfant, le nourrisson, tenant à peine sur ses jambes, n’est pas légitime dans le camp de concentration dans lequel elle se trouve. Alors quand elle se retrouve sans son châle, elle est vite repérée puis effroyablement exécutée.

Rosa, la mère, ne s’en remettra jamais. A jamais bouleversée, elle erre. Elle erre dans ses pensées, dans sa vie. Elle n’oublie pas, elle construit sa réalité.

« – Madame ? dit le directeur.
– Monsieur, vous avez des barbelés autour de votre plage.
– Vous avez une chambre ici?
– Non, ailleurs.
– Alors en quoi cela vous regarde-t-il ?
– Vous avez des barbelés.
– Pour empêcher la racaille d’entrer.
– En Amérique, ce n’est pas le lieu du barbelé en haut des clôtures !
Le directeur abandonna la rédaction de ses notes
– Veuillez vous retirer, dit-il Retirez-vous, je vous en prie.
– Il n’y a que les nazis qui attrapent les innocents derrière des barbelés, dit Rosa. »

Elle ne parvient pas à trouver une raison d’être comme tout le monde : dans les normes du quotidien. Le pauvre Persky tente bien de la ramener à la réalité en lui offrant des séances de drague mémorable [extrait] :

« – Qu’est-ce que vous voulez ?
Il découvrit ses dents.
– Un rendez-vous.
– Vous êtes marié.
– Marié mais sans femme.
– Vous en avez une.
– C’est une façon de parler. Elle est folle.
Rosa dit :
– Je suis folle aussi.
– Qui le dit ?
– Ma nièce.
– Qu’est-ce qu’une inconnue peut en savoir ?
– Une nièce n’est pas une inconnue.
– Mon propre fils est un inconnu. Une nièce sans aucun doute. Venez, j’ai ma voiture tout près. Climatisée, on fera un tour.
– Vous n’êtes pas un gamin, je ne suis pas une gamine, dit Rosa.
– Ce n’est pas à moi que vous le prouverez, dit Persky.
– Je suis quelqu’un de sérieux, dit Rosa. Ce n’est pas mon genre de vie^de me promener pour aller nulle part.
– Qui a dit nulle part ? Je pensais aller quelque part.
Il réfléchit.
« Mon club du troisième âge. Très sympathique belote.
– M’intéresse pas, dit Rosa. J’en ai rien à faire des nouveaux gens.
– Alors, au cinéma. Vous n’aimez pas les nouveaux, on vous en trouvera des morts. Clark Gable, Jean Harlow.
– M’intéresse pas.
– Une promenade à la plage. Marcher au bord de l’eau, ça vous dit?
– Je l’ai déjà fait, dit Rosa.
– Quand ?
– Ce soir. A l’instant.
– Seule ?
Rosa dit : 
– Je cherchais quelque chose que j’ai perdu.
– Pauvre Lublin, qu’est-ce que vous avez perdu ?
– Ma vie. »

…même si, malgré elle, des soupçons de réalité la gagnent : « Un fil de gratitude se tendit dans sa gorge. Il comprenait presque ce qu’elle était : pas un bouton ordinaire. »

Ce livre est troublant. Le premier passage, celui du camp, est effroyablement génialement écrit. J’ai eu froid dans le dos. La suite de la lecture me parut ensuite relativement plus fade même si forte en réflexion.

A vous de me dire 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 
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Publié par le 22 janvier 2013 dans Guerre, Littérature américaine

 

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Salam Shalom, de Jean-François PATRICOLA

« Le Temps : il a filé à l’anglaise, en 1948, sans demander son reste. Aujourd’hui, il court toujours. Plus personne ne le rattrapera désormais tant son avance est grande. »

En cette très brève période de cessez-le-feu au Proche-Orient, il me paraissait opportun de présenter ce livre, par endroits, littéralement exceptionnel.

A travers la douleur, le conflit est abordé. A travers une souffrance physique à peine descriptible, ses affects sous-jacents sont caressés.

L’histoire, si incroyable soit ou fût-elle, est celle d’un israélien et d’un palestinien… tous deux blessés grièvement, le premier nécessitant rapidement une greffe du cœur, l’autre, condamné à la mort, n’étant qu’esprit et douleur inintelligible. Malgré eux, la transplantation a lieu. Torsade des convictions. Un comble commun. La mort de la foi.

Tout en prose, tout en culture plus ou moins bien distillée, Jean-François Patricola livre une œuvre d’une très grande subtilité sur un sujet devenu, au fur et à mesure de son histoire, éminemment complexe. A la subtilité se joint inévitablement une ironie immensément savoureuse.

«  L’avions-nous trouvée cette nuit, notre Nuit ? Il est probable. Nous nous réveillâmes de concert : en ouvrant les yeux, je l’entendis battre et me saluer. En battant, il entendit mon corps s’étirer à la vie et lui rendre hommage. Nouvel armistice ! Au dire du chirurgien, nous l’avions échappé belle. De cela, je me réjouissais. Lui également. La chimère et le mensonge avait comme disparu de nos lèvres et oreillettes. La Nuit les avait bus d’un trait ; noyés dans son ventre noir et plat. On ne les reverrait jamais plus. C’était à espérer. Il me dit : « Dieu est mon seigneur et le vôtre ; j’ai mes œuvres et vous avez les vôtres ; point de dispute entre nous. Dieu nous réunira tous, car il est le terme de toutes choses . » J’acquiescai et répondit : « Mi hu haham ? Chelomed mikol adam*». Armistice. Dont acte. Interstice dans le voile de nos consciences. Dans cette perspective, nos rapports au monde sont changés. La donne est autre. Point d’échec et mat. Après différentes tentatives de blocage, d’échange, de gambit acceptés ou non. Passes d’armes vaines. Partie nulle ; à moins que ce ne soit un pat ; pour lui tout aussi bien que pour moi. Une victoire à la Pyrrhus. »  *Qui est sage? Celui qui apprend quelque chose de chacun.

A lire, absolument. Absolument.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

14, de Jean ECHENOZ

Le dernier livre, paru en 2012, de Jean Echenoz ! Et en plus, je suis à la page de l’actualité littéraire. 😀 C’est que je ferais presque des efforts pour vous !! 😉

14…. pour 14-18 !! Ouah, Jeannot a fait dans l’originalité pourrait-on penser ; en réalité, le titre est à l’image de l’oeuvre dans son ensemble à propos de la Grande Guerre, elliptique et superficiel.

Le terme de superficiel n’a ici aucune connotation péjorative et je m’en voudrais si vous l’eussiez cru un instant. Echenoz parvient avec brio à décrire de façon froide mais vivante, détachée mais pénétrante, en 130 pages, l’aventure de cinq hommes réquisitionnés.

Du tocsin à la croix du mérite en passant par la mort, l’amputation et les conditions de vie dans les tranchées, tout est décrit, succinctement mais avec parcimonie. Tel un peintre qui esquisse une toile, Echenoz distille ses effets et rend la lecture véritablement agréable, même dans la gêne.

Seul, l’utilisation du passé composé comme temps principal du récit m’a perturbé à l’amorce du roman mais, dans le feu de l’action, celui-ci se fond dans la vitesse de lecture.

A vous de me dire ce que vous avez ressenti ! En tout cas, un livre à lire.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

Du même auteur :

Ravel

 

Pour qui sonne le glas, d’Ernest HEMINGWAY

Et ben dis donc, je peux vous dire que, malgré une édition qui, pour le coup, est inadaptée, ce livre est un chef-d’oeuvre de la littérature contemporaine.

Le cadre : la guerre civile espagnole… souvenez-vous Ernest Hemingway a beaucoup voyagé en Espagne et y était même correspondant de guerre !

L’histoire : toute simple !! Un américain, professeur, prénommé Robert Jordan, est envoyé en Castille pour faire sauter un pont… Quelle affaire me direz-vous! Et il lui a fallu 500 pages pour décrire ça !!

Ben oui et non ! Car au milieu de cette histoire se terre… je vous le donne en mille : une histoire d’amour !! 😀 J’adore les histoires d’amour, elles me transportent dans des cieux toujours inexplorés mais à chaque fois appréciés…

Toujours est-il que cet américain s’amourache d’une petite espagnole, Maria… il s’amourache, non, il est foudroyé d’amour pour cette petite ! Maria, elle aussi tombe immédiatement sous le charme viril de cet étranger !…

Après quelques jours dont une folle nuit dans un sac de couchage  – franchement, ce passage me donne encore des frissons d’excitation et non, je ne suis pas un pervers 🙂 – Robert Jordan va accomplir la mission qui lui a été confiée…. le reste n’est que pur moment intense d’émotion façon Hemingway.

Il est très difficile de  décrire toutes les émotions vécues, c’est pourquoi, j’aimerais que vous puissiez mettre des mots sur ce que vous avez ressenti en lisant cette oeuvre…

Merci 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

Du même auteur:

Le vieil homme et la mer

 

 

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L’art de la Guerre, de SUN TZU

Attention très beau livre et très belle édition.

C’est un immense classique que l’on ne parvient pas à réellement dater… aux alentours du VIème siècle avant notre ami Jésus Christ.

Cette édition se compose gentiment:

– d’une introduction de 70 pagespfiou ! – bien nécessaire pour tenter de comprendre le contexte historique dans lequel s’inscrit cette oeuvre mais aussi l’influence qu’elle aura pu avoir à travers les siècles (peu en Occident en raison d’une traduction longtemps de mauvaise qualité).

– d’une notice biographique de Sun Tzu… bon il faut quand même reconnaître que tout bon néophyte qui se respecte ne comprendra rien et se perdra dans les (foutus) noms chinois tous plus incompréhensibles les uns que les autres !!

– de l’oeuvre en elle-même, et on est bien content de ne pas avoir les environs mille planchettes (8-10 pouces sur 3/4 de pouce) soit environ plus de 60 soixante pieds de long! Car oui, à l’époque, on écrivait à l’encre de suie sur d’étroites planchettes de bois ou de bambou… on pouvait inscrire sur chacune d’elles entre 12 et 15 caractères, l’ouvrage de Sun Tzu en comptant 13 000, on arrive, par un calcul tout bête, aisément aux mesures précédemment évoquées. C’est fou, parfois, j’ai l’impression de transmettre quelque chose 😀

Je ne vais pas épiloguer 153 ans au risque d’en saoûler beaucoup trop, je vous laisse simplement lire l’aphorisme suivant, c’est le numéro 3 du IIIème chapitre (sur XIII):

« Le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre »

C’est celui-ci que j’ai retenu de ma lecture et comme par miracle c’est celui-ci qui est souvent repris en exemple pour évoquer cette oeuvre magistrale, l’une des plus anciennes de l’Histoire.

Si vous l’avez lu, ou pas, j’attends votre avis 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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