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Archives de Catégorie: Nouvelles

Paris l’instant, de Philippe DELERM

Paris, ville magnifique. Paris, ville poétique.

Dans un style décontracté, Delerm propose un mélange subtil de prose, entre photographie et écriture. Au moment de la lecture, je ne connaissais pas Paris. Je ne m’y étais rendu qu’une seule fois, à Roland Garros pour être précis donc autant dire que je ne m’étais pas réellement attendri devant les finesses et relents poétiques que peut inspirer cet endroit.

La lecture aura donc été, non pas absconse mais bel et bien fade et faible en ressenti. Un travail de pastiche m’avait été demandé et je m’étais focalisé sur la ville de Limoges. « Ecrire à la manière de » m’a permis de pouvoir apprécier a posteriori cet ouvrage.

«  On vient d’en bas. De cette chaleur moite des entrailles du métro qui se mêle curieusement à l’impeccabilité clinique des carreaux blancs de faïence de la voûte. Le regard morne, on a marché vers la sortie – à part les deux ou trois premiers qui grimpent quatre à quatre, les autres ont pris le rythme résigné, rien ne dépasse, chaque homme reste une île. »

J’aimerais bien avoir le retour et le ressenti des parisiens sur cet ouvrage… notamment de ceux qui travaillent tous les jours, prennent la ligne 1 et se retrouvent avec plaisir, engoncés dans le métro pendant l’intégralité du trajet, à contempler avec un déplaisir à peine feint les borborygmes endormis des voyageurs quotidiens.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

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Cap au pire, de Samuel BECKETT

« Lentement ils disparaissent. Tantôt l’un. Tantôt la paire. tantôt les deux. Lentement réapparaissent. tantôt l’un. Tantôt la paire. Tantôt les deux. Lentement ? Non. Disparition soudaine. Réapparition soudaine. Tantôt l’un. Tantôt la paire. tantôt les deux. »

Marasme de mots.

Le but voulu par Samuel, l’exténuation.

Le ressenti, le tournis.

Nauséeux, ce livre est une illusion d’optique. Il ne raconte rien, ne berce pas mais épuise, étourdit, insidieusement.

A lire, probablement pas. A subir, très certainement.

Pragmatiquement, 8,50€ pour 62 pages d’un truc qui donne la nausée : autant aller dans un parc d’attraction 😉

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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La Peur, de Stefan ZWEIG

Monsieur Touki is back !! Non mais sans déconner, le mec, il parle de lui à la troisième personne et en anglais… non mais allô quoi !

Bref, mon absence aura été longue. le pourquoi est complexe. Mon retour lui est simple ; la preuve avec ce post !

Voilà ici (oui, on peut aussi écrire plus simplement « voici ») un recueil de six nouvelles de mon auteur favori. Le ressenti est puissant, varié et permanent. Lire c’est vivre.

1/ La Peur

Exceptionnelle. Saisissante. La peur. Coucher avec un autre homme quand on est mariée et avoir peur d’être découverte, par son mari. Une peur que l’on croit indicible. Une peur que transmet beaucoup trop efficacement Zweig. Poulàlà.

2/ Révélation inattendue d’un métier

Héhé, les fameux pickpockets ! Ca me rappelle mon année barcelonaise quand, bon sang de bonsoir, les pickpockets auront rendu fous nombre de mes camarades étudiants. Je me souviens terriblement de mon envie poignante de frapper, frapper et encore frapper ces espèces de CONNARDS sans scrupules et ben, notre ami Stefan, lui, arrive, par un magique sens de l’observation, à rendre ce personnage presque touchant… une sensation et une confrontation de sentiments opposés qui vaut la peine d’être vécue, jvouldis !

3/ Leporella

La jolie femme de chambre, ou pas, Leporella, convaincue d’être un objet, ou du moins traitée comme tel, s’éprend de son patron… Une femme naît, la beauté et la sensualité avec. A ressentir.

4/ La femme et le paysage

Je cède la parole à ce qui suit :

« Son visage aux yeux clos était tendu douloureusement; je m’aperçus,angoissé, qu’elle voulait s’éveiller et ne le pouvait pas, que ses sens égarés cherchaient de toutes leurs forces à s’évader de cette prison de ténèbres, à retrouver leur lucidité. Et le fait que, sous le masque de plomb du sommeil, quelque chose luttait pour se dégager de l’enchantement, suscitait en moi la dangereuse envie de la réveiller. Mes nerfs brûlaient du désir de la voir non plus en état de somnambulisme, mais éveillée et parlant comme un être réel. Ce corps aux jouissances sourdes, je voulais à tout prix le ramener à l’état conscient. Je l’attirai violemment à moi, je la secouai, j’enfonçai mes dents dans ses lèvres et mes doigts dans ses bras, afin qu’elle ouvrît enfin les yeux et fît consciemment ce que jusqu’alors seul un vague instinct l’avait poussée à faire. Elle se courba en gémissant sous la douloureuse étreinte. « Encore… Encore… » murmura-t-elle, avec une chaleur insensée qui m’excitait et me faisait perdre la raison. Je sentais que l’éveil était proche, qu’il allait percer sous les paupières closes, qui déjà tremblaient d’une manière inquiète. Je la serrai de plus en plus fort, je m’enfonçai plus profondément en elle; soudain une larme roula le long de sa joue et je bus la goutte salée. La terrible agitation de son sein augmentait sous mon étreinte, elle gémissait, ses membres se crispaient comme s’ils eussent voulu briser quelque chose de terrible, le cercle de sommeil qui l’emprisonnait; soudain — ce fut comme un éclair à travers le ciel orageux — quelque chose en elle se rompit. Elle fut de nouveau un poids lourd et inerte dans mes bras, ses lèvres se détachèrent, elle laissa retomber ses mains, et lorsque je la déposai sur le lit elle resta couchée comme morte. J’eus peur. Involontairement, je la touchai, tâtai ses bras et ses joues, tout était froid, glacé, pétrifié. Seules ses tempes battaient faiblement. Elle gisait là comme un marbre, les joues humides de larmes; une respiration légère caressait ses narines dilatées. De temps en temps un faible tressaillement la parcourait encore, vague descendante de son sang agité, mais les spasmes peu à peu s’apaisaient. De plus en plus elle ressemblait à une statue. Ses traits se détendaient et s’humanisaient, devenaient plus juvéniles, plus limpides. La crispation avait disparu. Elle s’était assoupie. Elle dormait. »

Mon idéal.

5/ Le Bouquiniste Mendel

Touchant, le vieil habitué du café, l’emblématique bouquiniste Mendel…. ben finit par mourir quoi ! Et là, l’insignifiant sinon ce qui était devenu coutumier, ben disparaît aussi…. et là…. ben c’est plus tout à fait la même chose. Son absence matérialise sa présence passée. Paradoxe finement, encore une fois, décrit par Zweig.

6/ La collection invisible

Un monsieur qui ne voit plus. Sa femme qui voit très bien. Un monsieur qui présente avec amour à tous ses visiteurs son exceptionnelle collection. Tous les visiteurs voient très bien mais personne ne la voit. Et pour cause, madame l’a vendue !! Situation non pas cocasse mais bel et bien troublante. Entre mensonge et vérité, où se situe l’équilibre ?

J’en ai terminé avec ce recueil. Lisez-le, vous vibrerez. 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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Quelque part dans l’inachevé, de Valérie LAMESCH

« Sans cesse cette fêlure, cette frontière.
Seule, à peine sûre de son existence.
Un manque absurde, inutile, douloureux. Une envie de sa présence, de se projeter dans le passé, de revenir au point de fracture. Modifier le fil du temps. Un désir si fort, si impérieux qu’il étouffe les mots. Un silence commode qui masque les vérités vulgaires de la vie, qui nimbe tout d’un non-dit confortable et terrifiant. »

Troublant.

Affamant.

Aigu (oui, oui, aigu :D).

Etourdissant.

Et finalement, surtout touchant.

Tous les sens y passent. Les états d’esprit aussi. Ce livre, cet écrivain, joue avec nous, avec nos affects plus ou moins refoulés. Il va puiser au fond nos organes la source du réel, le nôtre, le vôtre, le leur.

L’univers est celui de la relation amoureuse, du moins, c’est mon avis. D’autres y croiront aussi mais seront probablement désabusés. D’autres vilipenderont cette vision de l’amour ou harangueront cette pauvre Héloïse infoutue de se sortir les doigts – relent poétique s’il en est. Certains, comme moi, se perdront, se laisseront emporter dans le tourbillon des mots qui finissent par n’en plus être. Ils vogueront au gré des pages, s’envoleront à celui des ressentis, s’émerveilleront devant la vérité qu’il croient détenir.

Bon, c’est pas tout ça mais c’est que je me perds dans mes nuages là ! « L’histoire, c’est quoi bordel ?! » auriez-vous envie de me dire ! « Mais minute couillon, laisse-moi jouir en paix voyons » vous répondrais-je d’un ton toujours aussi poétique.

Bon, ça y est, je suis frustré, vous m’avez coupé dans mon élan. 😦

L’histoire, donc : Héloïse, étudiante en philo, s’éprend pour son prof, Adam K.

Et oui, ça casse pas trois pattes à un canard ! Cela étant, si l’on y réfléchit bien, je vous mets au défi de trouver quelque chose qui le fait… 😉

Non, plus sérieusement, le tourbillon est là, les mots m’ont happé et malgré mon grand pacifisme, m’ont fait valser d’un bout à l’autre du ring. On ne lit plus, on vit, on ressent.

Ma raison de lire, ressentir. Valérie Lamesch vient de m’offrir un moment comme je le disais plus haut, jouissif.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

Un soupçon légitime, de Stefan ZWEIG

« Pour ma part, j’en suis tout à fait certaine, le meurtrier c’est lui – mais il me manque la preuve ultime, irréfutable.  » Betsy « , me dit toujours mon mari,  » tu es une femme intelligente, qui observe vite et bien, mais tu te laisses mener par ton tempérament et tu portes souvent des jugements hâtifs.  » En fin de compte, mon mari me connaît depuis trente-deux ans et ses mises en garde sont peut-être, et même probablement, justifiées. Je dois donc, puisqu’il me manque cette preuve ultime, me faire violence pour réprimer mes soupçons devant les autres. Mais chaque fois que je le croise et qu’il s’approche de moi, brave et amical, mon cœur s’arrête de battre. Et une voix intérieure me dit : c’est lui et lui seul, le meurtrier. »
Me voici de nouveau, après une période vide de beaucoup de choses et notamment de lecture, avec une nouvelle !
Je suis sûr que je vous ai manqué 😀 ce qui, en soit, est une source de satisfaction non négligeable, un puits de bonheur sans fonds, si ce n’est celui de mon ego, un fleuve ou, au choix, une rivière de joie et d’exaltation menant à l’ataraxie…et plein d’autres trucs bien fantasques pour me convaincre que j’ai du vocabulaire !
Bref ! Quelles sont les nouvelles?
Ben, c’est une nouvelle à la Zweig, une nouvelle géniale, une nouvelle qui me rend fou. Fou de lui, de son écriture exceptionnelle, de sa facilité à transcrire le réel, l’indicible voire l’ineffable. J’en peux plus de ce Stefan. Il me paralyse, m’électrise. Je ne dirais pas qu’il m’électrolyse mais plutôt qu’il me titille l’hypophyse. Encore cette histoire de vocabulaire…
Un chien meurtirer, comme c’est sublime. Jouissif, doux mélange entre l’effroi et le sadisme. L’effroi de la situation, le sadisme… de la situation. « Il est génialement horrible ce putain de chien! » a-t-on envie de poétiquement se dire au fur et à mesure de la lecture. Je ne sais pas vous mais je suis resté partagé par rapport au chien. entre le massacrer ou lui faire un gros câlin. Des pulsions vicieuses me répondent gaiement « les deux » mais décrire ce tableau me rayerait à jamais de WordPress. 😉
Une lecture qui encore une fois, ne m’aura pas laissé indifférent. Il m’aura encore faire suer c’t’animal ! C’est bien le cas de le dire…
Monsieur Touki.
Du même auteur :
 

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Matin Brun, de Franck PAVLOFF

Je me rappelle de ce livre. Je l’ai lu, il y a fort longtemps.

Je l’ai aperçu, dans une librairie luxembourgeoise, cet après-midi.

1,50€, mon choix a été rapide.

11, voici le nombre de pages. La lecture est rapide. Oui, mais dense.

Pavloff surprend, en peu de mots, il décrit l’absurdité du totalitarisme, de l’effet de masse, de l’inconscience collective. Avoir un animal domestique autre que brun est interdit mais accepté. Avoir eu un animal autre que brun finit par l’être aussi.

Réflexion intense. Respect profond pour une oeuvre à lire, même pour les non lecteurs.

Une citation révélatrice d’un livre hors du commun :

« Par mesure de précaution, on avait pris l’habitude de rajouter brun ou brune à la fin des phrases ou après les mots. Au début, demander un pastis brun, ça nous avait fait drôle, puis après tout, le langage c’est fait pour évoluer et ce n’était pas plus étrange de donner dans le brun, que de rajouter putain con, à tout bout de champ, comme on le fait par chez nous. Au moins, on était bien vus et on était tranquilles.« 

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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Sonietchka, de Ludmila OULITSKAÏA

« […] elle comprit que ses dix-sept ans de bonheur conjugal avaient pris fin […] « Comme c’est bien qu’il ait désormais à ses côtés cette belle jeune femme, tendre et raffinée, cet être raffiné, cet être d’exception, comme lui ! songeait Sonia. Et comme la vie est bien faite, de lui avoir envoyée sur ses vieux jours ce miracle qui l’a incité à revenir à ce qu’il y a de plus important en lui, son art… » Vidée de tout, légère, les oreilles bourdonnant d’un tintement limpide, elle entra chez elle, s’approcha de la bibliothèque, y prit un livre au hasard et s’allongea en l’ouvrant au milieu. C’était La Demoiselle paysanne de Pouchkine. »

Allez, je vais mettre un peu de mélancolie sur ce blog. Soniethka, ou Sonia, pour les intimes ou les dyslexiques, est un femme russe un peu particulière : elle n’est pas laide et lit beaucoup, elle « tomb[e] en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre » et, « à force de lire sans arrêt, Sonietchka a un derrière en forme de chaise… »

Oui, mais voilà, Sonietchka reste une femme et les femmes ont toutes ce pouvoir de briller, d’illuminer les hommes. C’est Robert (si, je vous jure) qu’elle va faire tomber. Elle n’y croit pas, n’en revient pas qu’un homme, que le bonheur, puisse oser frapper à sa porte, à elle, la vaurienne, celle qui ne mérite pas une vie décente.

Ils auront une fille, Tania. Sonietchka va s’occuper d’elle comme elle s’occupait de ses livres, amoureusement, affectueusement, éternellement, stoïquement. Tania est moche, grossièrement bâtie par la nature mais plaît énormément aux mâles. Elle se lie d’amitié avec Jasia, son opposé, sauf pour les hommes.

Jasia est seule et envie cette belle famille. Sonietchka l’aime comme son enfant, elle est heureuse. Jasia couche avec Robert, elle ne sait pas pourquoi ; un acte désintéressé.

« Elle se dressa sur son séant. Le lit grinça. Robert Victorovitch se retourna. Emergeant de l’immense chemise de nuit de Sonia pointait une petite tête blonde sur un cou trapu. La fillette se passa la langue sur les lèvres, sourit, et tira la manche de la chemise qui glissa aisément sur sa gorge par l’encolure. D’un mouvement du pied, elle fit tomber la couverture par terre, se leva, et l’immense chemise tomba sur le sol. Posant ses pieds menus d’enfant sur le plancher peint glacé, elle courut vers Robert Victorovitch, lui ôta des mains le rouleau de papier qu’il avait fini par trouver et prit sa place entre ses bras.
« Un petit coup, si tu veux, mais vite ! » déclara la petite fée pratique sans la moindre coquetterie, comme elle disait d’habitude à son bienfaiteur, le policier Malinine. Seulement là-bas, elle savait dans quel but elle faisait cela, tandis qu’ici, ce n’était ni par intérêt ni par calcul. Elle ignorait elle-même pourquoi. »

Sonietchka le comprend très vite mais ne change rien, stoïquement sereine. Elle profite de son bonheur.

Sonietchka m’a illuminé, m’a bouleversé. L’histoire est simple, le style monotone, la vie de Sonia, implacable.

Je me suis reconnu en elle…

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 
 
 
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