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Archives de Tag: français

Silbermann, de Jacques de LACRETELLE

« Il avait été deux fois premier lors des compositions. Ce succès avait suscité des jalousies parmi les rangs des bons élèves. Et comme il lui échappait quelquefois une ironie méprisante à l’adresse des cancres, il n’y avait pas moins d’animosité contre lui aux autres degrés de la classe. Les choses commencèrent par des taquineries assez innocentes; elles furent un peu encouragées par l’insouciance de la plupart de nos professeurs qui, malgré ses bonnes places, n’aimaient pas Silbermann.« 

Un superbe livre pour de multiples ressentis.

Silbermann est juif et le narrateur, protestant. Nous sommes au début du vingtième siècle : leur amitié est difficile mais point inéluctablement.

J’en ai connu des Silbermann, version cancre. Beaucoup. Un m’a marqué. Ce livre m’y a paradoxalement fait penser.

J’étais en 4ème (système français) et il y en avait un, qui faisait tout pour bien se faire voir mais qui, en raison de quelques boulettes de comportement, était un véritable bouc-émissaire. Le cercle vicieux de l’injustice aidant, il commençait vraiment à déraper…

Je tenais à ce moment-là, attention, accrochez-vous, le CLUB LECTURE de mon collège qui, en gros, choisissait les livres que la bibliothèque (CDI) devait acheter. Nous étions un petit groupe et chaque semaine nous présentions à l’oral et à l’écrit nos lectures de la semaine… Je l’ai convié à plusieurs séances… et il a fini par venir tous les jours. A la fin de l’année, il était devenu mon second. il passait plus de temps au Club lecture qu’ailleurs… Le plus grand paradoxe de cette histoire ? Sa réputation n’a pas faibli d’un poil. Mais lui, allait mieux et c’est bien là l’essentiel.

Un livre fort car bon, nous avons tous connu notre Silbermann.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

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L’Orthographe est un jeu, de Nicole RICALENS-POURCHOT

 

Après le Kamasutra, l’Orthographe ! Si vous me disiez un jovial « mais rien à voir ! » je vous répondrais, d’un ton à peine malicieux, « bah si, ça s’apprend à l’école ! ». Une minute après, vous auriez déguerpi, certes…

BREF, l’Orthographe. Mais oui que c’est un jeu. L’orthographe est, avouons-le, un peu chiantounette, avec beaucoup d’exceptions, d’incohérences, de résidus d’ignorance… mais elle n’en demeure pas moins source de jeux incroyables.

« C’est le pompon ! Certains mots se permettent des extravagances en renonçant au m devant b, p et m. »

Ainsi à travers 50 jeux disséminés dans 12 chapitres, la linguiste au nom composé prédestiné, Nicole Ricalens-Pourchot, vous emmène dans la cour de récré. Et pourquoi ci? Et pourquoi pas comme ça ?

Ainsi vous aurez tout loisir à trouver la solution de problèmes plus complexes les uns que les autres :

Exemple : jeu FOUILLIS, remettez le mot dans l’ordre

a) SUNCCITC : bref. (j’y réfléchis encore aujourd’hui)

b) DRAIRHERE : colique (mon imagination s’y refuse même si a) 😉 )

… et plein d’autres encore plus insolubles.

Vous l’aurez compris, en tant qu’amateur de jeux de mots bidons à défauts d’être bidonnants, j’ai beaucoup apprécié ce livre simple, accessible et toujours instructif.

Un chouette moment pour 3€ que l’on peut, en plus, partager aisément avec autrui.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

 

 
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Publié par le 17 juillet 2013 dans "Est un jeu", Inter nos, Les collections

 

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Les témoins de la mariée, de Didier VAN CAUWELAERT

« Marc avait raison : cette fille est magique. MAGIQUE. Quand je pense que j’ai employé douze mille fois cet adjectif pour ce réfrigérateur moral qu’est Judith… Quel aveugle j’étais. Mais tant qu’on n’a connu qu’un seul amour sur terre, on ne sait pas ce qu’est le bonheur : on se contente de ce qu’on mange. Quitte à crever d’inanition quand on ne vous nourrit plus. »

Une belle surprise ! Souvenez-vous, quand j’évoquais L’Apparition de ce même auteur, j’étais un peu au comble du désarroi tant ce livre m’avait peu inspiré… cela étant, mon intuition me disait que Didier Van Truc avait un certain talent et que tout n’était pas à jeter ! Bon gré mal gré, mon portefeuille s’est entiché d’un nouvel ouvrage, au nom pourtant pas ultra vendeur, Les témoins de la mariée.

Bref, j’ouvre le livre et lis… « zut » me dis-je : c’est cool !! Prenant même, je tourne les pages…. [oui, c’est vrai que pour lire un livre, c’est mieux. Et oui, je devais au moins écrire un truc pas drôle].

L’histoire est peu commune, m’enfin, elle ne m’est jamais arrivée quoi : un monsieur plutôt connu de la jet set française, un photographe casanova richissime du prénom de Marc, annonce à ses meilleurs amis qu’il va se marier…. avec une chinoise, exceptionnelle, semblerait-t-il dire. Celle-ci arrive dans trois jours et ils doivent l’accueillir afin de la préparer au mariage. Monsieur marc demande à ses amis de bien vouloir être ses témoins….

Bref, tout ça c’est cool sauf que…. Monsieur Marc s’explose (et meurt) sur la route en mode Lady Diana mais version « au volant ».

Ses amis sont bien contents, une chinoise arrive, toute contente de se marier à un riche français et ils vont devoir lui annoncer la nouvelle, la renvoyer chez elle le lendemain… une mission on ne peut plus évidente.

Mais chose incroyable, cette chinoise va tout chambouler… oui, elle va perturber, faire vaciller, tomber voire même chavirer chacun des amis de Marc.

Un exemple certes trivial mais tout de même fondamentalement explicite d’un tel chavirement. Il s’agit du témoin prénommé Jean-Claude, narrateur pour l’occasion :

« J’ai beau ne pas être très grand, j’ai dû me tasser en écartant les jambes, ce qui n’était pas bien sexy ni vraiment confortable, mais renforçait l’impression de donner un cours magistral. Et, de fait, il y avait du travail.
J’ai commencé par lui suggérer de rentrer les dents. Pauvre Marc. Evidemment là où il était , ça n’avait plus trop d’importance mais j’avais un aperçu du calvaire que, stoïque et poli, cet homme aux mille et une femmes avait enduré en Chine. Cela dit, elle se corrigeait vite et révélait plutôt de bonnes dispositions, dès lors qu’on lui prodiguait certains conseils d’usage : on ne souffle pas comme dans un alcootest, et on n’accélère pas comme sur le guidon d’une mob. J’ai placé sa respiration, délié sa langue. Je l’ai remise dans l’axe, je lui ai donné le rythme avec la pression de mes doigts sur sa nuque ; je lui ai appris à réguler sa vitesse et à ménager le frein.
Après quelques derniers ajustements, et sur un ton aussi impersonnel que possible, je lui ai murmuré que Marc serait enchanté de ses progrès. »

Le ressenti mêle sourire, émotion lacrymale et avidité de lecture. Je peux simplement reprocher au scénario d’être parfois trop prévisible.

A vous de me dire. 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

Du même auteur

L’apparition

 

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Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie KOLTÈS

« Mais plus un vendeur est correct, plus l’acheteur est pervers ; tout vendeur cherche à satisfaire un désir qu’il ne connaît pas encore, tandis que l’acheteur soumet toujours son désir à la satisfaction première de pouvoir refuser ce qu’on lui propose ; ainsi son désir inavoué est exalté par le refus, et il oublie son désir dans le plaisir qu’il a d’humilier le vendeur. »

Quel délice ce livre !

Il s’agit de la rencontre, sous-entendue, dans tous les sens du terme, entre un dealer et un client. Tout n’est que pensées, expressions, interprétations et perceptions respectives, d’actes au mieux, de paroles, jamais.

De la différence naissent les craintes, des certitudes…qui elles même mènent au néant, à l’impossibilité de conclure, le deal, évidemment. Possibilité il y eût pu avoir cependant, aveuglante elle aura finalement été.

La fugacité explicitée et décortiquée : voilà ce qu’est ce livre. Ce que l’on ressent est teinté d’admiration, elle-même se manifestant par quelques légers hoquets d’étonnement.

Voici un extrait qui m’a fort plu, le dealer à la baguette:

« Alors ne me refusez pas de me dire l’objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire ; et, s’il s’agit de ne point blesser votre dignité, eh bien, dites-la comme on la dit à un arbre, ou face au mur d’une prison, ou dans la solitude d’un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ; de me la dire sans même me regarder. Car la vraie seule cruauté de cette heure du crépuscule où nous nous tenons tous les deux n’est pas qu’un homme blesse l’autre, ou le mutile, ou le torture, ou lui arrache les membres et la tête, ou même le fasse pleurer ; la vraie et terrible cruauté est celle de l’homme ou l’animal inachevé, qui l’interrompt comme des points de suspension au milieu d’une phrase, qui se détourne de lui après l’avoir regardé, qui fait, de l’animal ou de l’homme, une erreur du regard, une erreur du jugement, une erreur, comme une lettre qu’on a commencée et qu’on froisse brutalement juste après avoir écrit la date. »

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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L’amour commence en hiver, de Simon VAN BOOY

Voici l’une de mes dernières acquisitions, impulsive, après un coup de foudre pour la première de couverture (avouez, elle est classe 😀 )

Et bien, il est peu de dire que le coup de foudre n’a été qu’un pauvre mirage ! En effet, ce roman, le premier paru en France,  d’un écrivain anglais salué par la critique internationale, n’a pas réussi à m’accrocher… si bien que j’ai fini par décrocher totalement. 😦

Quelle déception !

Pourtant, je m’y suis repris à plusieurs fois mais l’énonciation sans cesse changeante, avant même de me perturber, me perd. Me voici à la 50ème page que je ne comprends toujours rien… me voici de nouveau à la 50ème page que je n’y comprends toujours rien…. OSEF ! #livrecontrelemur

Désolé pour cette critique finalement peu constructive, je retenterai peut-être ma chance… Quoique rien n’est moins sûr, je ne dépucelle qu’une fois… le plus sale des pléonasmes, n’est-il pas ! 😉

A lire tout de même, pour me montrer que je passe bien à côté du chef d’oeuvre tel qu’il est décrit.

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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La grammaire est une chanson douce, d’Erik ORSENNA

« Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t’aime. Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu’elle nous parlait :
– Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
– Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pieds.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi. Tout le monde dit et répète « Je t’aime ». Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. »

Quel génie !

Mais quel génie !

Je suis subjectif certes, j’aime les mots, je vis à travers eux, ils me font vibrer et ressentir tellement de ce que j’appellerais « choses » que je ne peux pas ne pas conseiller, à tout va, ce livre.

Mais quel génie !

« C’est trop bien, c’est trop bien, c’est trop bien », voilà ce que je me suis répété, en lisant, avidement, certains chapitres…. La métaphore filée des mots est exceptionnelle et même l’histoire faiblarde ne peut occulter le plaisir ressenti. Les amoureux des lettres, des mots, de leur sens, de leur harmonie, de leur mélodie…. vous adorerez ce livre, du moins de certains passages.

Quelle est donc l’histoire??

Jeanne et Thomas se retrouvent, après un naufrage, sur une île. Ils font la connaissance de Monsieur Henri qui leur présente les mots. Tous les genres de mots. Une véritable communauté. L’île des Mots. S’ensuivent des rencontres incroyables, des gentils quoique collants adjectifs aux prétentieux pronoms en passant par les hôpitaux à la rencontre et au soutien des « je t’aime » et autres expressions meurtries. L’apprentissage de la grammaire en est favorisé, loin des méthodes scientifiques, loin de l’académisme… loin des grammairiens.

Oui, Orsenna, académicien, fait la satire de sa propre maison tout en partageant son plaisir inextinguible, celui de la mixture verbale, de la manipulation des lettres.

Les noms et les articles se promènent ensemble, du matin au soir. Et du matin jusqu’au soir, leur occupation favorite est de trouver des habits ou des déguisements. A croire qu’ils se sentent tout nus, à marcher comme ça dans les rues. Peut-être qu’ils ont froid, même sous le soleil. Alors ils passent leur temps dans les magasins. Les magasins sont tenus par la tribu des adjectifs. (…)
Le nom féminin « maison » pousse la porte précédé de « la », son article à clochette.
-Bonjour, je me trouve un peu simple, j’aimerais m’étoffer.
-Nous avons tout ce qu’il vous faut dans nos rayons, dit le directeur en se frottant déjà les mains à l’idée de la bonne affaire.
Le nom « maison commence ses essayages. Que de perplexité! Comme la décision est difficile! Cet adjectif-là plutôt que celui-ci? La maison se tâte. Le choix est si vaste. Maison « bleue », maison « haute », maison « fortifiée », maison « alsacienne », maison « familiale », maison « fleurie »? Les adjectifs tournent autour de la maison cliente avec des mines de séducteurs, pour se faire adopter. Après deux heures de cette drôle de danse, la maison ressortit avec le qualificatif qui lui plaisait le mieux : « hantée ».

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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Tous les matins du monde, de Pascal QUIGNARD

Aaaah !! Pourquoi ce livre? Parce que cette phrase :

« Il se redressa. Les Larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : -je ne sais comment dire : douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. »

Alors là, mesdemoiselles, mesdames, messieurs, si vous n’êtes pas comme moi, scotchés sur votre fauteuil, transis d’un froid humide qui vous parcourt les vertèbres à toute vitesse, alors ne lisez pas ce livre car c’est l’effet qu’il provoque sans cesse lors de sa lecture.

Ouah !! Mais c’est quoi ce livre !?!? Ben c’est un Quignard, un mec qui vous met le moral à zéro mais qui vous exalte les sens, qui vous donne des sueurs froides (tiens donc!) le tout avec un style épuré, plat, monotone, froid

Bref, du grand PQ mais pas de la merde. Oulà, je commence à faire de l’humour…. gare à vous!! 😉

L’histoire?

Toute simple : un musicien de génie a perdu sa femme et s’est coupé du monde, il lui reste ses deux filles….et la musique, par ailleurs magistralement honorée dans ce livre.

A votre ressenti 🙂

Finem Spicere,

Monsieur Touki.

 

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